Tove Lo : libre mais sans repère sur l’album “ESTRUS” - (la review)
Quatre ans après “Dirt Femme”, un album qui marquait ses premiers pas en tant qu’artiste indépendante, Tove Lo revient ce 18 septembre avec “ESTRUS”, un sixième opus qui semble vouloir pousser encore plus loin cette liberté nouvellement acquise. Désormais totalement affranchie des contraintes d’une industrie qu’elle côtoie depuis maintenant plus de 10 ans, l'artiste suédoise poursuit son chemin, mais cette liberté est-elle réellement un gage de réussite ? La review sur The Melting POP.
Du mainstream à l'indépendance
Avec “ESTRUS”, sixième album de sa carrière, Tove Lo poursuit sa route sur la scène POP indépendante. Une indépendance qui prend un relief particulier lorsque l’on repense à ses débuts fulgurants. Révélée au monde entier par le single “Habits (Stay High)”, puis par le très beau succès de “Talking Body”, l’artiste s’est imposée sur la scène internationale grâce à un univers musical POP et décomplexé. Toutefois, après les gros succès mainstreams de ses débuts, Tove Lo a progressivement glissé vers des productions plus intimistes qui ont confirmé son amour de la POP (“Lady Wood”) tout en décevant parfois une partie de son public qui a jugé ses travaux peu inspirés (“Sunshine Kitty”). Consciente d’être déchirée lorsqu’elle était signée en maison de disques entre ses ambitions commerciales et sa liberté créative, l’artiste a pris la décision de continuer sa route par ses propres moyens en fondant en 2021 “Pretty Swede Records”, son propre label. Premier-né de cette épopée, l’album “Dirt Femme” est paru en 2022 et bien qu’il n’ait pas réellement captivé le grand public, le projet a néanmoins réussi à se frayer un chemin dans le cœur des premiers fans de la chanteuse qui ont été séduits par l’approche électronique, féminine, sensuelle et explicite de la proposition. Successeur de ce chapitre, “ESTRUS” reprend dans ses grandes lignes et à peu de choses près les mêmes codes mais, malheureusement, le résultat s’avère beaucoup plus inégal que prévu.
"ESTRUS" - LA REVIEW
Désormais seule aux manettes de sa carrière, Tove Lo semble avec “ESTRUS” avoir voulu confirmer sa volonté de créer un univers POP féminin et affirmé. Légèrement plus club, moins électronique que son prédécesseur et un peu plus arty, le disque contient dans ce registre quelques fulgurances à l’image de “DNH” ou de l’excellent “Are we on a break”, mais l’ensemble peine à réellement transformer l’essai. De fait, lorsqu’elles ne sont pas monotones et peu inspirées (“Idiot”, “If I Could I Would”), les pistes sont soit opportunistes (on ne comprend pas l'intérêt du featuring avec Stromae qui semble uniquement calibré pour le marché francophone), soit trop décalées (“roomie”, “I’m the cake”) pour totalement permettre à l’ensemble de jouir d’une réelle cohérence. In fine, au terme de l’écoute, c’est finalement un sentiment amer, pour ne pas dire décevant, qui domine : certes, on est heureux de retrouver une artiste libre qui trace sa route avec en ligne de mire sa vision et ses ambitions, mais dans sa globalité, “ESTRUS” manque de cohésion et de véritables repères pour réellement séduire et faire de lui un bon album. En conclusion : on peut reprocher beaucoup de choses aux grandes maisons de disques, qui ont parfois tendance à bâillonner les artistes et à lisser leurs ambitions, mais elles sont aussi, paradoxalement, les garantes d’une certaine cohésion et d’une efficacité dont “ESTRUS” semble parfois manquer.




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