Drag Race France : quand le public cible devient l’ennemi de l’émission
Depuis déjà cinq saisons, Drag Race France souffle un vent de fraîcheur sur le paysage audiovisuel français. Diffusée sur le service public, l’émission permet de mettre en avant l’art du drag, mais aussi de traiter de nombreuses problématiques sociétales qui touchent principalement le public LGBTQIA+ mais pas seulement. Santé mentale, violences, abus, le show couvre derrière son second degré et son humour décadent de multiples sujets qui servent à éveiller les consciences. Pour cette raison, Drag Race France polarise les discours politiques et certains camps aimeraient tout bonnement faire supprimer le show jugé “ridicule” et inadapté au service public. Cependant, les principaux ennemis de l’émission ne sont pas les politiques conservateurs mais bien le public qui ne manque jamais de souffler sur les braises de la polémique.
Un show essentiel
Comme mentionné précédemment, Drag Race France dérange certains camps politiques et notamment l’extrême droite qui dit ouvertement que l’émission est trop woke et inadaptée aux valeurs du service public. Toutefois, depuis son arrivée sur France Télévisions en 2022, la célèbre franchise est un succès critique, mais aussi globalement un succès public. D’abord pensée pour être exclusivement diffusée sur Internet, l’émission a fait un tel buzz lors de sa première saison qu’elle a basculé à la télévision linéaire et le succès ne s’est pas démenti au point qu’elle en est aujourd’hui à sa cinquième saison. Ayant permis de mettre en avant un art méconnu du grand public, Drag Race France, tel un talent show digne de ce nom, a aussi eu pour effet de révéler de nombreux artistes qui font aujourd’hui l'actualité et la une des médias (Paloma, Piche, Keiona, …). Autre point positif, de nombreux sujets sociétaux rares mais importants ont été abordés dans un programme diffusé sur une chaîne nationale. Parmi les plus importants, on peut citer la transidentité, la dépression, la grossophobie ou encore les troubles du comportement alimentaire. Véritable OVNI du paysage audiovisuel français, Drag Race France n’en reste pas moins pour autant un programme léger et agréable qui a renouvelé le genre très galvaudé de la télé-réalité.
Du Drag, des critiques et des polémiques
Dans un monde parfait, et hormis les critiques (attendues) de l’extrême droite, Drag Race France devrait donc simplement être et rester un programme fun, drôle et nécessaire. Pourtant, à chaque saison, le programme est au cœur de toutes les polémiques et ceux qui les entretiennent ne sont même pas ceux qui détestent l’émission. En effet, si Drag Race France enchaîne les saisons grâce à un public fidèle, elle multiplie aussi les polémiques à cause de ses propres téléspectateurs. Toujours prêt à jeter sur le bûcher des candidats qu’il ne porte pas dans son cœur, le public de Drag Race France est en ce point comme tous les autres programmes de télé-réalité, un défouloir de haine. Sous fond de bienséance et de justice médiatique, les téléspectateurs se plaisent à ressortir sur les réseaux des dossiers gênants concernant le passé des candidats. Parmi ceux qui ont fait le plus de bruit, on peut citer “l’appropriation culturelle” de Leona Winter en saison 3 ou plus récemment des soupçons de racisme concernant 2 participants de la saison actuelle. Dans un autre registre, Drag Race France est souvent accusé par son public de favoriser certaines queens (Piche, Cookie Cunty,…) au détriment des visages dits “racisés” et des profils “hors normes” qui ne seraient inclus au casting que dans l’unique but de remplir un cahier des charges.
Quand le public joue le jeu des extrêmes
Devenues l’apanage du programme, les critiques concernant Drag Race France s’accompagnent de plus en plus fréquemment de virulents commentaires incitant à la haine. Pointés du doigt à de nombreuses reprises par la production sur ses réseaux sociaux, ces prises de parole parfois très violentes vont à l’encontre des valeurs du programme qui est censé prôner l’acceptation et l’ouverture d’esprit. Aujourd’hui, l’ennemi de Drag Race France n’est donc plus directement l’extrême droite mais bien son propre public qui, sous couvert de la liberté d'expression, offre sur un plateau d’argent des arguments à ceux qui n’attendent que d’être au pouvoir pour se faire un plaisir de supprimer le programme.




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