Lââm : retour sur le parcours d’une artiste pas assez conforme pour l’industrie


Sur The Melting POP, on adore revenir sur la carrière des artistes qui ont marqué les années 2000. Dernièrement, ce sont Ophélie Winter et Singuila qui sont passés sous notre radar. Témoins d’une époque où le R&B français régnait en maître sur les ondes, ils avaient à leurs côtés une artiste tout aussi culte qui a enchaîné les succès. Retirée de la scène médiatique depuis plusieurs années, Lââm était l’une des grandes voix de cette époque et si son franc-parler lui a certainement joué des tours dans sa carrière, elle n’en reste pas moins une artiste qui a marqué toute une génération…

Lââm - 2026

Un début de vie compliqué

Comme beaucoup d'artistes, la musique est pour Lââm un refuge devenu une passion. Repérée à la fin des années 90, elle commence sa carrière au sommet des charts avec “Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux”, une reprise de Michel Berger, mais avant cela, la vie ne lui avait pas fait de cadeau. Née à Paris dans une famille modeste, elle est élevée à la dure par une mère violente et, à l’âge de six ans, elle est placée avec ses 7 frères et sœurs dans un foyer de la DDASS. Dans ce nouvel environnement, la petite fille trouve enfin un peu de réconfort et c’est avec l’espoir de devenir un jour chanteuse qu’elle tente d'avancer dans la vie. Cependant, les portes ne s’ouvrent pas facilement et au milieu des années 90, c’est sans autorisation qu’elle décide, entourée d’une amie et de l’homme qui deviendra son mari, de chanter dans le métro parisien. Précaire, la situation ne lui permet pas de gagner beaucoup d'argent, mais grâce à cela, celle qui se fait encore appeler Lamia réussit à éviter les pièges de la drogue et de la délinquance. Sans cesse en train de se battre pour faire entendre sa voix, elle est signée dès 1997 par BMG, qui lui offre l’opportunité d'enregistrer un premier single. Hélas, le titre intitulé “J’ai le feeling pour toi” ne convainc pas les foules et c’est seulement un an plus tard qu’elle rencontre l’équipe et le label qui vont changer sa vie.

La voie du succès 

Épaulée par les équipes du label Heben Music, qui croient très fort en son talent et en sa voix puissante façonnée par des années de galère à reprendre les classiques des chanteuses soul américaines (Tina Turner, Whitney Houston…), Lââm prend donc son envol avec une reprise de Michel Berger. Très vite, le public se prend également de passion pour son histoire de vie compliquée et ses looks tous plus originaux les uns que les autres contribuent à faire d’elle un personnage qui plaît aux médias. Des années après ses premiers succès, elle dira d’ailleurs en interview avoir choisi (au départ) de porter des chapeaux et des perruques blondes pour tenter de gommer ses origines tunisiennes qui auraient pu lui porter préjudice dans une industrie qui ne laissait à l’époque que peu de place aux femmes maghrébines. Malgré tout, ses origines et sa double culture ont toujours été pour elle une fierté et son look a quant à lui traversé les années au point de devenir sa marque de fabrique.


La traversée du désert

Après un début de carrière explosif et un premier album certifié disque de platine, Lââm publie rapidement un second opus. Intitulé “La vie ne suffit pas”, le disque se vend moins bien et très vite les portes se referment déjà. Pour cette raison, lorsque Luc Plamondon lui propose un an plus tard de tenir le rôle principal de sa nouvelle comédie musicale ( “Cindy : Cendrillon 2002”), la chanteuse saisit l’opportunité. Hélas, le spectacle sera un échec et pour beaucoup c’est même lui qui a mis un frein à la carrière de l’artiste. Toutefois, Lââm a toujours défendu ce projet qui lui aurait selon elle sauvé la vie car elle sentait à l’époque que son label était déjà sur le point de la lâcher. À dire vrai, l’échec de "Cindy" a certainement eu un impact sur la carrière de Lââm, mais lorsqu’elle réussit à revenir en 2005 après une petite traversée du désert, le comeback n’est que plus fort. Cette année-là, c’est son titre “Petite Sœur” qui devient le succès R&B de l’année. De retour au sommet, elle lance une réédition de son 3ᵉ album paru dans l’indifférence générale quelques mois plus tôt et grâce à cela, l'industrie lui sourit à nouveau car elle est alors nommée aux Victoires de la Musique.

Une artiste au sang chaud

Plus de vingt ans après sa sortie, “Petite Sœur” est sans conteste le titre signature de Lââm. Grâce à son refrain puissant et son texte fort, le titre est devenu un classique qui a traversé les années et il est à ce jour l’un des rares titres de son catalogue à être disponible sur les plateformes de streaming. Interrogée par nos soins à ce sujet en 2022, l’artiste évoquait à demi-mots des soucis avec son ancien label. Pour cette raison, si elle a encore publié deux albums après le succès de “Petite Sœur”, l’artiste s’est progressivement retirée de l’industrie. Dans plusieurs interviews, elle a déclaré être fatiguée d’avoir le sentiment de tourner en rond dans une industrie qui ne voulait plus d’elle. Pour cette même raison, elle a quitté la troupe des Enfoirés en 2015 après 15 ans de bons et loyaux services. On l’a ensuite revue dans “Danse avec les stars” ou encore “Touche pas à mon poste”, mais ces incursions médiatiques ne lui ont pas vraiment porté chance. Souvent, elle a fait la une des articles putassiers suite à des prises de parole parfois trop franches et irréfléchies sur les réseaux sociaux. Après le décès de son mari Robert Suber en 2021, elle avait pris la décision de quitter totalement la sphère médiatique. Néanmoins, son actuel manager a réussi à la convaincre de remonter sur scène pour plusieurs tournées centrées sur la nostalgie des années 2000. Dans un registre plus surprenant, elle est apparue à deux reprises au cinéma ces dernières années pour jouer son propre rôle avec beaucoup de second degré. Paru en 2008, son dernier gros succès s’intitulait “Le Sang chaud” et c’est probablement ce qui résume le mieux sa personnalité hors du commun. 

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